Le théâtre de l'Atelier

Récemment aperçu à la télévision, j'ai eu envie de vivre un moment avec Fabrice Luchini. Arrivé au Théâtre de l'Atelier dans le XVIIIème pour réserver ma place, je découvre qu'une séance commence dans 5 minutes. Je rejoins alors les balcons accompagné de mon billet 1/2 tarif à 7,50 euros (qui a dit que le théâtre était cher ?). Le théâtre est plutôt intime (environ 500 places) et quasi-comble. A noter que les balcons, c'est bien, c'est pas cher, mais c'est juste le prix à payer pour être penché pendant toute la durée du spectacle.

L'Art de lire

Fabrice Luchini entre en scène et commence la lecture d'un texte de l'essayiste Philippe Muray (mort en 2006). Et tout de suite, la magie opère. Luchini réussit à sublimer les textes de Muray en leur donnant littéralement vie. Sa diction articulée et nuancée lui permet de faire ressortir la puissance et le sens de chaque mot. Les différentes tonalités et fluctuations utilisées mettent en exergue la qualité d'écriture de l'auteur. En s'intéressant à la forme, Luchini réussit à faire ressortir l'essence du texte. Les sens de chaque mot surgissent et donnent crédit au fond du texte. Luchini s'approprie le texte et celui-ci en ressort limpide.

Thèmes abordés

Différents textes sont présents sur la table. Un texte sur les "emplois jeunes" de Martine Aubry (les fameux nouveaux métiers comme les "agents d'ambiance") où l'on crée des métiers sur "du vent". Le texte magnifique autour du sourire en bois affiché par Ségolène Royal. Un autre texte sur  l' "infantéisme" (néologisme de Muray) de la société où le citoyen ne veut/peut plus être responsable mais simplement continuer à être un enfant avec ses caprices et ses désirs dans le seul but de perpétuer cette enfance éternelle (le bonheur étant associé à la période de l'enfance).

Ce qui arrange bien d'ailleurs les gouvernants. Il est plus simple de maintenir les citoyens dans cet état infantilisant pour jouer plus facilement sur les frustrations de chacun. Ce dernier texte nous permet de mieux prendre conscience de cette société de l'enfant-roi, cette gloire à l'enfance éternelle : pour accéder au bonheur, nous devons rester un enfant naïf, manipulable en somme. L'enfant-citoyen aime par dessus tout que l'on pense à sa place, que l'on dirige ses besoins et envies. La culture du bien, "L'empire du Bien" chez Muray, consiste à supprimer cette vision manichéenne Bien/Mal : désormais seul le Bien existe, le Mal disparaît car au pays de Candy, nulle place est faite pour le Mal. Et c'est bien ce point précis qui pose problème, nous avons besoin du mal pour apprécier et comprendre le bien, et réciproquement. L'Homme est fondamentalement au coeur de cette dualité, le but étant de se structurer en trouvant son propre équilibre pour être maître de son propre destin.

Humour

Pour rythmer ces différents textes, Luchini fait preuve d'un sens de l'humour vif en se moquant par exemple des Bobos présents dans la salle, et ceci est un véritable régal. Car les textes choisis par Luchini critiquent évidemment ces bobos....qui s'avèrent composer son propre public , lesquels rient finalement d'eux-mêmes sans vraiment le savoir. A l'instar des bobos se vantant de lire Proust ou Rimbaud sans même en comprendre le moindre sens ou d'autres se forçant à rire pour le simple paraître. C'est à ce propos bien triste d'aller voir Luchini sans rire spontanément, et il est évident que Luchini en captant le regard des spectateurs en joue, pour son plus grand plaisir. Ainsi, le travail de Luchini peut être pris pour un simple divertissement pour certains et ceux-ci échapperont sans doute à la substance du message véhiculé. Mais pour d'autres, il permettra de rire durant 1h30 tout étant touché par la force des textes grâce au talent de Luchini rendant grâce à notre belle langue française.

Fabrice Luchini finit en lisant quelques lignes, d'un livre qui aura marqué ma vie : Ainsi parla Zarathoustra de Nietzsche. Bref, courez voir Fabrice Luchini Lit Philippe Muray. On en sort plus vivant que jamais !

Prochaines dates

  • Samedi 17 avril à 17h 30
  • Samedi 24 avril à 17h 30
  • Dimanche 25 avril à 13h
  • Samedi 1er mai à 17h 30

Tarif

  • 25 euros : orchestre
  • 20 euros : corbeille
  • 15 euros : balcon
  • demi-tarif si vous vous présentez une heure avant la séance (dans la limite des places disponibles)

Lieu

Théâtre de l'Atelier à Paris

  • Adresse : 1 place Charles Dullin (dans le XVIIIème)
  • Accès : Abesses (ligne 12) ou Anvers (ligne 2)

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