[by independantman - CC-BY]

L'anti-Cri

Après avoir été à l'expo "L'Age d'Or Hollandais" à la Pinacothèque de Paris, je viens d'aller voir, au même endroit, Edvard Munch ou l'Anti-Cri.

A vrai dire, Munch, le plus grand peintre norvégien, est mondialement connu pour une seule oeuvre, Le Cri.

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[by oddsock - CC-BY]

Dessiner l'émotion

La Pinacothèque propose ainsi une rétrospective du peintre en oubliant volontairement cette célèbre oeuvre. Cette exposition permet de se rendre compte de l'évolution du peintre dans son rapport à la peinture : naturalisme, impressionnisme, expressionnisme. Edvard Munch ne désire plus peindre des scènes réelles sans faire ressortir la psyché des sujets représentés. Au fur et à mesure, on remarque que Munch tente de (et réussit à) faire ressortir de son oeuvre toute la mélancolie qui peut se dégager d'un être ou d'un paysage. Les enfants malades alités qu'il peint ne sont pas de simples êtres esthétiques inanimés, Edvard Munch réussit à nous faire ressentir toute l'angoisse qui émane de l'être ; et cela passe bien souvent par le regard.
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[by aikijuanma - CC-BY]

La femme prédatrice

Les nombreuses toiles où figurent des femmes révèlent l'état d'esprit du peintre face au sexe dit faible. Ce dernier terme est d'autant plus inapproprié que les femmes sont représentées comme des êtres tantôt maléfiques, tantôt prédatrices. L'homme est présenté comme victime de l'indifférence émanant de ces femmes. Le caractère sensuel féminin est matérialisé par leur chevelure, telle une toile que jettent les femmes pour capturer leur proie masculine. Le sexe féminin est montré comme le sexe fort ; leur seule faiblesse est illustrée en les montrant effondrées, nues. L'habit se fait alors arme.
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[by independantman - CC-BY]

Munch et les femmes

Munch sublime ses pulsions en matérialisant sa propre souffrance. Les femmes paraissent user et abuser de leur pouvoir d'attraction. Elles savent incarner l'être désiré tout en restant inaccessibles aux yeux de cet homme. Représentée nue, déshabillée de tout artifice, cette femme est présentée comme un être vulnérable, le visage entre les mains, retenant les larmes de son chagrin : celle-ci se rend compte qu'elle ne connaîtra plus jamais l'Amour.
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[by macsurak - CC-BY]
Cette femme pleurant dans le plus simple appareil fait ressurgir le spectre du célèbre tableau Le Cri, une détresse exprimée dans une réalité ne nous appartenant plus. C'est ce cri intérieur, hurlant sans pouvoir émettre le moindre son, lequel nous renvoie à notre humanité, à notre responsabilité face aux conséquences de nos actes et décisions. Le peintre norvégien met en relief la complexité des rapports humains et la fuite en avant que certains peuvent privilégier ; paradoxalement, la fuite de ce qu'on a toujours recherché.Munch, à travers sa peinture, exprime la conscientisation profonde de l'être.
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[by jnkypt - CC-BY-SA]

Pinacothèque de Paris

C'est bien ce lien si particulier qui unit l'homme et la femme que nous fait partager Edvard Munch. Si cela vous branche, l'exposition s'appelle "Edvard Munch ou l'anti-Cri" et se déroule jusqu'au 18 juillet 2010 à la Pinacothèque de Paris (28, place de la Madeleine, métro 12, station Madeleine). L'entrée coûte 10 euros plein tarif et 8 euros en tarif réduit et une nocturne est organisée tous les mercredi (jusqu'à 21h). L'audioguide est disponible sur le site officiel et coûte 2 euros.
Bonne expo !

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