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[by Batou - CC-BY-SA 2.0]

Arrivée à Beaubourg

Cela faisait un moment que je voulais aller voir l'expo "Pierre Soulages" au Centre Pompidou. Une fois les grèves du musée terminées, je me suis ainsi dirigé vers le centre Beaubourg.

Une queue interminable se dresse devant moi, Beaubourg n'est pas le 3ème lieu touristique de Paris (après la Tour Eiffel et le Louvre) pour rien. Je me dirige naturellement vers l'entrée, me rendant compte après coup, avoir grillé une longue file d'attente qui traversait toute la place (sans le vouloir, j'ai ainsi économisé une bonne heure d'attente !). Une deuxième queue m'attend à l'intérieur : je choisis les guichets automatiques. A tort : ces dernières ne proposent que des billets "plein tarif" (vous voilà prévenus).

L'œuvre d'une vie

L'œuvre de Pierre Soulages peut être divisée en trois parties :

Ses débuts

L'exposition commence par des toiles qui s'avèreront être les esquisses, les prémices de son œuvre ultime. Mais déjà, Soulages intrigue par ses larges bandes noires, par ses matériaux utilisés comme la brou de noix (utilisée par les menuisiers) ou le goudron sur verre. On note dès lors une passion pour le Noir dès son plus jeune âge, mais déjà en tant que couleur agissant comme vecteur de Lumière.

"Quand je suis retourné à Conques, j'ai compris qu'il y avait une chose importante dans la vie : l'art. Je trouvais que les adultes perdaient leur vie à la gagner, que leurs comportements étaient étranges : ils ne pensaient qu'au dimanche et le dimanche venu, ne savaient pas quoi en faire. Je ne serai pas de ces gens-là." (P. Soulages)

Les années 50-70

Une première évolution dans la carrière du peintre s'ouvre à nos yeux, à nos sens. D'immenses toiles surgissent où les bandes noires emprisonnent des puits de lumière. Cet enlacement sombre révèle la beauté des puits de lumière : le travail sur les couleurs est sublime, en particulier ce bleu-nuit ou cette couleur cuivre qui hante encore mon esprit. Le mystère plane autour de ces toiles, d'autant plus que le travail sur les textures avec des effets de relief et de transparence incroyables ne fait qu'accentuer cet impression surnaturelle.

Le fond de la toile, abstrait, fait appel à l'imaginaire du spectateur : quelque chose d'unique se crée entre la peinture, le spectateur et l'espace. Parfois, ces barricades des ténèbres masquent une réalité sur le point de disparaître. L'art abstrait de Soulages permet de renvoyer le spectateur à lui-même, grâce à cette introspection par les sens. D'ailleurs, depuis 1946, Pierre Soulages n'a jamais titré ses œuvres autrement que par le format de la toile et la date correspondante dans le but de préserver une grande liberté entre la peinture et le spectateur.

"Ce qui importe au premier chef, c'est la réalité de la toile peinte : la couleur, la forme, la matière, d'où naissent la lumière et l'espace, et le rêve qu'elle porte" (P. Soulages)

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[by Batou - CC-BY-SA 2.0]

La découverte de l'Outrenoir

"C’était en 1979. J’étais en train de peindre. Ou plutôt… de rater une toile. Un grand barbouillis noir. J’étais malheureux, et comme je trouvais que c’était pur masochisme que de continuer si longuement, je suis allé dormir. Au réveil je suis allé voir la toile. J’ai vu que ce n’était plus le noir qui faisait vivre la toile mais le reflet de la lumière sur les surfaces noires. Sur les zones striées la lumière vibrait, et sur les zones plates tout était calme." (P. Soulages)

Ainsi naquit l'Outrenoir, ce néologisme de Soulages appelle à l'Outre-Monde, au-delà du noir conventionnel ; il s'agit de la Lumière dans le Noir. La découverte de l'Outrenoir par le spectateur se fait grâce à trois toiles noires, dans un décor noir, sans éclairage autre que le mur blanc leur faisant face. L'intérêt est bien sûr de faire révéler au spectateur la Lumière qui émane du Noir.

Soulages fait évoluer son œuvre en recouvrant intégralement ses toiles de noir et en travaillant sur la texture, sur le relief pour faire ressurgir cet outrenoir. Pierre Soulages devient dès lors peintre de lumière, en travaillant sur ce clair-obscur.

"J'ai compris très tôt que l'artiste était celui qui était attentif à ce qu'il ne sait pas, à l'inverse des artisans qui savent quoi et comment faire." (P. Soulages)

A travers des lignes, de multiples aplats altérant la texture, un travail sur l'aspect mat ou brillant, Soulages réussit l'impossible : la Lumière émane des ténèbres. Le spectateur est amené à se rapprocher, s'éloigner, contempler de côté pour apprécier toutes les nuances de lumière se déplaçant derechef par son propre corps : le spectateur rejoint la toile, envouté.

La salle des polyptyques (panneaux peints liés entre eux) suspendus poursuit l'invitation donnée au spectateur de jouer sur la distance et l'angle de vue pour donner à chaque instant t, la vision d'une toile unique. Ainsi, les reflets de lumière font parties intégrantes des peintures contrairement aux toiles classiques où le reflet est proscrit.

Vidéos

Enfin, je vous laisse avec deux vidéos présentant l'exposition de Pierre Soulages au Centre Pompidou qui vous permettront d'illustrer mes dires.

Présentation de l'exposition Soulages

Soulages : La lumiere du noir

Conclusion

A 90 ans, Pierre Soulages peint encore. Il renouvelle son intérêt pour l'outrenoir en se passant de la peinture à l'huile pour la remplacer par l'acrylique. Cette dernière, ayant la particularité de sécher rapidement, lui permet de créer une épaisseur de plusieurs centimètres et jouer désormais encore plus sur le relief et les ombres.

Inutile de vous dire que je vous recommande chaudement cette expo. J'espère vous avoir donné envie. Si le cœur vous en dit, vous avez jusqu'au 8 mars 2010 pour en profiter !

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