
Visionné dans un cinéma Arts et Essais parisien (il est encore à l'affiche), Valse avec Bachir m'a bouleversé et marqué comme si peu de films savent le faire.
Ce film d'animation pour adultes (nous sommes ici à des années-lumière d'un film comme Wall-E) est un véritable monument du cinéma.
Réalisé par Ari Folman, ce film autobiographique s'avère être une thérapie contre le traumatisme de la guerre du Liban. 25 ans après les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila (1982), le soldat Folman tente de comprendre la cause de ces cauchemars incessants (meute de 26 chiens enragés le poursuivant qu'il rattache au nombre de chiens qu'il a du tuer durant la guerre) et de son amnésie partielle.
Il reprend ainsi contact avec ses anciens camarades de l'armée pour se remémorer la guerre et replonger dans une période de sa vie depuis longtemps oubliée. On côtoie avec ce soldat ses combats, ses permissions pour enfin découvrir ce qui se cache derrière cette scène récurrente : 3 soldats nus, dont Folman, sortent de la mer sous un ciel déchiré de trainées lumineuses incessantes.

Conduit par le directeur artistique David Polonsky, Valse avec Bachir est un régal visuel. Comme si ce contraste graphique à travers l'horreur de la guerre et la beauté du design, permettait à l'auteur de créer une distance pour amener le spectateur à vivre également cette expérience thérapeutique. On sent que chaque plan est travaillé, avec ce jeu de lumière si particulier donnant du relief sans pareil à cette œuvre, qui finalement, reste un documentaire sur la vie d'un homme abimé par la guerre.

Beaucoup d'éléments autour des mécanismes psychologiques sont présents dans ce film. Le traumatisme du massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila s'avère être la clé maîtresse de ce film, qui à travers son refoulement se transforme et se déforme en s'occultant de la mémoire du soldat Folman, mais hantant ses nuits dans un désir irrépressible de refaire surface. En somme, l'affect de ce massacre sans sa représentation.
Tout au long du film, on suit le soldat recollant des bribes de souvenirs pour en arriver à la réalité qu'il n'a pas voulu accepter à l'époque, spectacle désolant de l'espèce humaine, se répétant indéfiniment au cours des siècles malgré son horreur et son absurdité.
La scène finale est d'une intelligence remarquable. Elle permet de rendre compte au spectateur la réalité de l'atrocité humaine en refermant le film sur une réalité historique et insoutenable, faisant ressurgir et comprendre au spectateur pourquoi le soldat a préféré refouler et oublier ces images qui resteront gravées en lui, en nous.

Un chef-d'oeuvre magnifque, intelligent et mature qui restera gravé en vous si vous acceptez de vous plonger dans la mémoire d'un homme, d'un pays, dans la mémoire collective de toute l'humanité.
Titre : Valse avec Bachir (Waltz with Bachir)
Origine : israëlien, français, allemand
Genre : Animation, Documentaire
Réalisateur : Ari Folman
Acteurs : Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag
Durée : 1h27
Production : Les Films d'ici, Films Gang
Distribution : Le Pacte
Musique : Max Richter
Sortie : 25 juin 2008
Site officiel : valseavecbachir-lefilm.com
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