[by L.C. Nottaasen - CC-BY]

Lire la partie 1 : La dépendance au pétrole, une menace pour l'équilibre du monde [partie 1]

Pic de production des hydrocarbures : pour demain ?

En se basant sur l'évolution des découvertes de pétrole (pic de découverte dans les années 60) et sur différentes sources comme les plateformes pétrolières, tout le monde situe le pic de production entre 2015 et 2020. La baisse de la production pétrolière se fera en douceur du fait de l'essor du pétrole non conventionnel (sables bitumeux, conversion à partir de gaz ou de charbon, etc). La problématique énergétique se pose pour les générations actuelles et non les générations futures.

Nous avons vécu en 2008 une crise économique considérable par rapport à celle de 1929 (et notre crise n'est pas terminée, nous en reparlerons). Le prochain choc pétrolier suivra le même schéma, il sera beaucoup plus important du fait de la fin des réserves finies et des caisses vides des Etats.

De la même façon, le pic de production de gaz est prévu entre 2020 et 2030. Le pic de production, mécaniquement (par compensation de la baisse de la production des autres hydrocarbures), est prévu dans les années 1950. Mais le manque d'énergie se fera sentir également à partir de 1950 puisque que le stock des hydrocarbures sera fini. Le projet ITER (fusion nucléaire) est un défi technologique et ne pourra être opérationnel qu'à partir de 2100 (si tout se passe bien). Notre dépendance énergétique impose une modification substantielle de nos habitudes : la taxe Carbone en France aurait permis d'imposer une diminution de notre dépendance mais elle fut enterrée bien rapidement.

Incidence de notre dépendance sur le climat

Si nous décidons de compenser la baisse de pétrole par le charbon, nous acceptons une facture énergétique de 4 ou 5°C alors que la diminution actuelle de notre dépendance entraînerait une facture de 2 ou 3°C.

Pour comprendre l'importance de ces 1 ou 2 degrés de différence, il faut bien comprendre qu'il s'agit d'une variation par rapport à une moyenne planétaire ; elle ne doit pas être interprétée avec nos sens. Lors de la dernière ère glacière, nous avions une variation de 5°C en moyenne planétaire, ce qui a entraîné un bouleversement géographique majeur de la planète. Ceci s'est déroulé sur 20 000 ans, nous risquons de provoquer cette même échelle de grandeur sur l'espace d'un siècle.

On comprend bien que reconsidérer notre dépendance énergétique, c'est aussi reconsidérer notre logique de croissance économique perpétuelle. En effet, les problématiques énergétiques et climatiques sont des conséquences de la sacro-sainte croissance.

Par ailleurs, l'évolution du CO2 continue d'augmenter tant que les émissions de CO2 ne sont pas divisées par 2. Les conséquences climatiques s'étendent alors sur des millénaires. Rappelons que 45% du CO2 est conservé par l'atmosphère alors que l'océan en absorbe 25% et la biomasse 30%.

[by AZRainman - CC-BY]

Energies renouvelables : la solution ?

Les émissions de CO2 par personne doivent être largement diminuées pour avoir un impact significatif sur la facture climatique. Ainsi, un français devrait diminuer ses émissions par un facteur 4, un américain par 10. Malheureusement, l'essor des pays émergents et la non-remise en cause de nos habitudes de vie ou de la logique scientiste de croissance risquent de provoquer des conflits mondiaux très importants en ce début de nouveau millénaire. Dès lors que la guerre de l'énergie va en s'intensifiant, es énergies renouvelables incarneraient-elles LA solution ?

Tout d'abord, les énergies renouvelables les plus productives sont la biomasse et l'électricité. Les autres énergies médiatisées ne produisent que très peu d'énergie : géothermie, déchets municipaux, biocarburants, biogaz, solaire thermique, éolien, photovoltaïque, énergie marémotrice.

Ensuite, le coût énergétique est très important. 80% de l'énergie produite par un panneau solaire correspond à sa fabrication ; pour les biocarburants, le pourcentage est encore plus important. Par ailleurs, les énergies renouvelables ne peuvent être que difficilement développées. Nous sommes dépendants de la forêt pour la biomasse, des lacs pour l'hydroélectricité, des plants de céréales pour les biocarburants et d'argent, de place et de temps pour le nucléaire.

Finalement, la solution ne se situe pas dans l'essor des énergies renouvelables dont le coût énergétique reste important et la production négligeable mais dans la diminution de notre dépendance énergétique. Je suis plutôt pessimiste dans la mise en application de cette solution car la seule méthode efficace dans le changement de nos habitudes est la contrainte économique (la taxe Carbone a été rapidement abandonnée par le gouvernement français). Le développement durable ne nous invite ni à réfléchir sur notre mode de consommation, ni à remettre en cause notre attitude phagocytaire face à notre environnement. La seule méthode viable serait de remettre en cause notre croyance en la sacro-sainte Croissance guidée par le prophète du progrès technique, c'est-à-dire de remettre en cause le scientisme pour laisser plus de place à la décroissance. En somme, se sentir plus inter-responsables pour vivre en symbiose avec notre planète.

Source

Jean-Marc Jancovici : conférence et manicore.com

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