[by kevindooley - CC-BY]

The American Dream

Cleveland VS Wall Street, actuellement à l'affiche, est un film documentaire franco-suisse réalisé par Jean-Stéphane Bron. Après que certains quartiers pauvres de Cleveland dans l'Ohio soient devenus des quartiers fantômes à cause des milliers de saisies immobilières et, par conséquent, des milliers d'expulsions de famille pour non-paiement des traites, les habitants de la ville, en janvier 2008, ont décidé d'intenter un procès contre 21 banques de Wall Street, jugées responsables de leur déperdition. Les avocats de Wall Street ont ralenti la venue de ce procès. Devant ce procès dont la tenue est dès lors très improbable, le réalisateur de ce documentaire a décidé d'organiser ce procès tel qu'il aurait pu l'être, avec de vrais avocats, un vrai juge et de vraies parties civiles, le tout tourné sans texte ni répétitions (un procès semi-fictif).

Une question de responsabilité

Tout au long de ce procès, nous chercherons à comprendre qui sont les vrais responsables du sort funeste des habitants pauvres de Cleveland. sont-ce les habitants qui acceptent des subprimes (prêts immobiliers à haut taux d'intérêt titrisé par les banques pour en réduire les risques -securization en anglais-) alors qu'ils ont plusieurs crédits sur le dos (le plus souvent pour survivre) ? Ou plutôt les courtiers rémunérés à la commission qui démarchent les habitants en profitant de leur détresse et de leur faible éducation ? Ou encore les banques qui ont créé ces subprimes et accordé sciemment ces prêts à des personnes non solvables ? En somme, est-ce l'homme (le travailleur pauvre de Cleveland) ou le créateur de l'outil (les banquiers, créateurs des subprimes) qui est responsable du Mal qui ravage la ville comme la Peste ?

Autrement dit, peut-on accabler un working poor ayant déjà des difficultés pour nourrir sa famille d'accepter un prêt immobilier dans l'espoir de s'en sortir ? Difficilement. Doit-on accabler la banque qui fabrique des prêts dont le taux d'intérêt correspond au double du taux d'un prêt normal ? Assurément : comment peut-on rembourser un prêt à 15% alors qu'on n'arrive déjà pas à rembourser le premier prêt à 7% ! Il est évident que les plus puissants en profitent pour se faire de l'argent sur le dos de la pauvreté. Lorsque le système tombe, l'Etat (et donc les contribuables) est présent pour sauver le sort des banques. Lorsque le monde s'écroule sur ses working poors, personne n'est là pour les sauver (pas même Obama, malgré ses promesses électorales).

Le risque est complètement endossé par les pauvres. Alors même que les banquent justifient le doublement du taux d'intérêt des prêts du fait de l'importance du risque entrepris (c.f. non-solvabilité des habitants), elles se dégagent de tous risques en titrisant ces subprimes en faisant des lots qui sont aussitôt vendus à d'autres banques qui elles-mêmes, les revendent aux particuliers. L'idée est simple et en accord parfait avec la logique du système capitaliste : se faire de l'argent sur le dos des plus pauvres. Quelle que soit la forme prise (colonisation, délocalisation...), le schéma reste toujours le même.

Verdict

Loin de moi l'idée de vous donner le verdict des jurés à l'issue du procès mais plutôt une conclusion sur ce film. Pour ceux qui chercheront un procès objectif sur la responsabilité de la crise actuelle et des conséquentes induites, ils seront déçus car seule l'émotion, seul l'humain compte dans ce procès. A l'instar des jurés, vous êtes invités à réfléchir sur la question pour faire balancer le verdict de ce procès en faveur des habitants ou des puissants de Wall Street. Cleveland Contre Wall Street est un film intéressant dans le sens où il révèle les conséquences désastreuses de décisions prises par ceux déconnectés de toute réalité.

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