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[by batega - CC-BY]

Cela fait un moment que l'on annonce qu'Internet va révolutionner les rapports à la création et au business model associé : nous en avons la démonstration en ce moment.

La démocratisation du partage

En transformant un bien rare donc payant en un bien abondant donc gratuit, le téléchargement dit illégal s'est démocratisé en quelques années d'une manière exponentielle. L'industrie culturelle a essayé de censurer à coup de procès les différentes technologies permettant le partage culturel : AudioGalaxy, Napster, Kazaa, les serveurs eDonkey...tous y ont eu droit. Devant ces échecs successifs (la mort d'un réseau faisant naître d'autres solutions plus performantes et encore plus massivement utilisées), l'industrie musicale a décidé de verrouiller ses oeuvres grâce aux verrous numériques (les fameux DRM). Un rétropédalage a depuis été effectué pour l'aspect contre-productif du système. Les majors, par une prise de conscience plutôt tardive, ont favorisé l'essor des sites ou logiciels de streaming audio tels que Deezer et Jiwa ou Spotify. Là encore, les majors reviennent sur leur pas, comme Warner qui a récemment retiré son catalogue de Jiwa (raison pour laquelle certains titres de la playlist Batou.FM sont désormais limités à 30s).

La révolution Internet

Quoi qu'on en dise, Internet incarne une véritable révolution : elle a complètement bouleversé le modèle économique en place. Longtemps l'artiste était emprisonné par les majors. En effet, sa seule chance d'être produit, promu et diffusé passait par la case "major". Désormais, un artiste peut assurer sa propre promotion par le biais d'Internet : il n'est plus besoin de passer par les canaux classiques radio et télévision dont la promotion coûte plusieurs millions d'euros. De plus, l'artiste peut assurer sa diffusion par lui-même grâce à la dématérialisation des oeuvres numériques. Seule la production reste très coûteuse. L'ancien modèle a placé les majors en position dominante leur permettant d'abuser librement des artistes : maigre compensation financière sur chaque CD vendu, accords d'exclusivité, droit de propriété sur les albums...Le public n'est pas dupe et rejette de plus en plus le fonctionnement de ces multinationales.

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[by Martin - CC-BY]

Le combat des majors

Les majors, ne s'avouant pas vaincues aussi facilement, effectuent un travail de lobbying impressionnant pour que le législateur fasse voter des lois liberticides. Ainsi, la Dadvsi est née des Accords Olivennes : en d'autres termes, les majors ont écrit eux-mêmes la Loi qu'ils désiraient. L'échec de la Dadvsi a entraîné la création d'Hadopi (qui tarde être mise en place), où les majors pourront dénoncé librement les internautes. La Loppsi qui est en train d'être débattue à l'Assemblée Nationale va permettre d'étendre le filtrage des contenus pédo-porn aux autres types de contenu. Plus généralement, les majors mettent en place un consensus global à l'échelle de la planète avec le fameux traité ACTA, divulgué par WikiLeaks. La volonté de réformer Internet face à cette propension à partager librement des oeuvres protégées est plus virulente que jamais.

Le contrôle d'Internet

En cela, Internet doit être contrôlé afin de préserver les inégalités du système. Internet apporte un peu trop de démocratie : l'Iran vient tout juste de bloquer Gmail pour imposer sa propre messagerie électronique nationale, la Chine envoie Liu Xiaobo purger une peine de 11 ans pour avoir contribuer à une charte appelant au multipartisme et à la démocratie en Chine. Ainsi, les régimes totalitaires censurent Internet, même s'il est toujours possible de contourner ces protections. D'une certaine façon, c'est également le lot de nos démocraties : l'aspect un peu trop démocratique d'Internet fait peur à certains de nos dirigeants. Il est bien plus difficile de contrôler une population qui s'informe par elle-même et non par le biais de la Grand-Messe du 20H. Concernant d'abord une minorité, Internet a favorisé une conscientisation de la Masse. De ce fait, la neutralité du Net doit être préservée.

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[by Martin - CC-BY]

Et MooZar, Flattr dans tout ça ?

Depuis quelque temps, j'imaginais un système reprenant le principe de mécenat global permettant à chacun de placer une somme directement dans la poche de l'artiste, en switchant de fait la somme des intermédiaires. Partant du constat que les majors doivent mourir mais que la rémunération des artistes doit être préservée, le mécénat global, permet, avec les biens rares que sont les concerts et la vente de produits dérivés, une façon pour le public de récompenser l'artiste. Là où Hadopi 3 (commission Zelnick)  ne cherche qu'à préserver le système actuel avec le principe des cartes subventionnées dites "jeunes", le mécénat global permet de repenser le rapport entre le public et l'artiste.

Ces derniers jours, plusieurs formes sont apparues. D'abord, le concept de Moozar permettant de régler un différent entre un artiste/ayant-droit et un internaute possédant une oeuvre de manière illégale. En envoyer un don égal ou supérieur à l'indemnisation fixée par l'artiste/producteur/ayant-droit, la situation de l'internaute est régularisée. Le seul problème est que Moozar facture sa prestation à hauteur de 20% du don (H.T). En ponctionnant un pourcentage aussi important, MooZar se positionne comme un nouvel intermédiaire que les internautes dénoncent.

Flattr, quant à lui, lancé par Peter Sunde, co-fondateur de ThePirateBay propose de placer un bouton type "digg-it" contre n'importe quelle oeuvre soumise au droit d'auteur (article, musique, jeux-vidéo, film, etc). L'internaute crédite son compte Flattr. A la fin du mois, Flattr comptabilise le nombre de clic et redistribue chaque mois la somme allouée en nombre de parts. Exemple : je crédite 10 euros sur mon compte Flattr, je clique sur 3 boutons associés à une oeuvre : à la fin du mois, les ayant-droit associés aux oeuvres reçoivent 3,33 euros chacun. L'inconnue est évidemment la part que compte prendre Flattr pour rémunérer sa prestation : vont-ils suivre le modèle de Moozar, se financer par la publicité ? Les internautes accepteront cette forme de mécénat global je pense du fait qu'elle leur permet de rémunérer directement les artistes selon le budget alloué au départ. L'avantage par rapport à un don PayPal est évidemment la simplicité du système. Les majors risquent quant à elles de ne pas apprécier le procédé.

Et vous ?

Seriez-vous prêt à adhérer à l'un de ces systèmes ?

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